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dimanche 31 janvier 2010

L'allégorie de la caverne, Platon

L'allégorie de la caverne


“Maintenant, repris-je (Socrate), représente-toi de la façon que voici l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête ; la lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux ; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.
- Je vois cela, dit Glaucon.
- Figure-toi, maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois, et en toute espèce de matière ; naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent. Un étrange tableau et d’étranges prisonniers, s’écria Glaucon. Ils nous ressemblent, répondit Socrate ; et d’abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d’eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face.

- Et comment ? observa Glaucon, s’ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ? Et pour les objets qui défilent, n’en est-il pas de même ?
- Sans contredit. Si donc ils pouvaient s’entretenir ensemble ne penses-tu pas qu’ils prendraient pour des objets réels les ombres qu’ils verraient ?
- Certainement.
- Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l’un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l’ombre qui passerait devant eux ?
- Non, dit Glaucon.
- Assurément, repris Socrate, de tels hommes ne peuvent attribuer de réalité qu’aux ombres des objets fabriqués. Et maintenant, imagine ce que pourrait provoquer une soudaine délivrance. Imagine qu’on délivre un prisonnier, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière ; imagine qu’on le projette face à tout ce qu’il ignore, à toute ce que son esprit n’a probablement pas même pu imaginer…
- En faisant tout ces mouvements, ne souffrira-il pas ? Pourra-t-il distinguer les objets dont tout à l’heure il voyait si nettement les ombres ? Que crois-tu qu’il répondra si quelqu’un lui vient dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes et qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers les objets réels, il voit plus juste ? Comment réagira-t-il si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire quel est l’objet qui projetait une ombre ? Ne crois-tu pas que pour lui la réalité pourrait avoir tous ces reliefs ? Ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ?
- Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n’en seront-ils pas blessés ? N’en fuira-t-il pas l’éclat pour retourner aux choses qu’il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu’on lui montre et dont la nature lui fait violence ?
- Et si par force on arrache résolument l’un de ces prisonniers de ses entraves, qu’on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne le lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-il pas de ces violences ? Lorsqu’on sera parvenu à le traîner jusqu’à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies.
- Il ne le pourra pas, répondit Glaucon, du moins dès l’abord.
- Il aura, je pense, besoin d’habitude pour voir les objets. Il commencera par distinguer plus facilement les ombres, puis il leur associera des silhouettes, ensuite il verra les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra affronter la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.
- A la fin, j’imagine, ce sera le soleil - non les reflets de cet astres - le soleil lui-même qu’il pourra contempler tel qu’il est.
- Après tout cela, il en viendra à conclure au sujet de la lumière que c’est elle qui, d’une certaine façon, est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la demeure souterraine.
- Evidemment, approuva Glaucon, c’est à cette conclusion qu’il arrivera. Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l’on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?
- Si, certes.
- Et si dans la caverne, la tradition était notamment de décerner honneurs et louanges, s’il y avait des récompenses pour celui qui saisissait de l’œil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui aient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que notre homme serait jaloux de ces distinctions qu’il enviait peut-être lorsqu’il était lui-même dans ces chaînes et carcans ?Penses-tu que notre homme jalouse ces distinctions et qu’il puisse envier ceux qui parmi les prisonniers sont peut-être les plus honorés et puissants ? Ou bien, comme le héros d’Homère, peut-être préférera-t-il être le valet d’un laboureur plutôt que de revenir à son ancienne condition, avec ses croyances qu’il considère certainement comme consternantes.
- Je suis de cet avis, dit Glaucon. Notre homme libéré préférera tout souffrir plutôt que de vivre de la façon qu’il vivait initialement.
- Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place : n’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil.
- Assurément si, dit Glaucon.
- Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis (or l’accoutumance à l’obscurité nécessite un temps assez long), n’apprêtera-t-il pas à rire à ses dépends ? Ne diront-ils pas que là où il prétend être allé cela ruine la vue et brouille l’esprit, de sorte que ce serait pure folie d’y aller. Et si quelqu’un tente de les délivrer et de les conduire en haut, et qu’ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, que crois-tu qu’ils feront, ne le tueront-ils pas ?
- Sans aucun doute.
- Maintenant, mon cher Glaucon, il faut appliquer point par point cette allégorie à la relation que nous avons lorsque nous découvrons les choses, lorsque nous apprenons ou que nous enseignons, lorsque nous participons à un projet, que nous dirigeons ou que nous appliquons une décision. Un homme sensé se rappellera que les yeux peuvent être troublés de deux manières et par deux causes opposées : par le passage de la lumière à l’obscurité et par celui de l’obscurité à la lumière. Lorsqu’il verra quelqu’un qui sera troublé, il ne rira pas sottement de cet embarras, mais examinera plutôt si venant d’une vie plus lumineuse, cette personne est par faute d’habitude, offusquée par les ténèbres, ou si faisant le premier chemin, ses yeux ne sont-ils pas éblouis par l’éclat de la lumière.
- Le présent discours montre que, comme on ne peut pas donner la vue à des yeux aveugles, on n’introduit pas l’instruction dans l’esprit. Chacun a la faculté d’apprendre et possède l’organe destiné à cet usage. L’éducation est cet art qui consiste, non pas à donner la vue à l’esprit, puisqu’il l’a déjà, mais à l’amener dans la bonne direction.
- Maintenant, les autres vertus de l’esprit paraissent bien se rapprocher de celles du corps. On ne les a pas tout d’abord, on les peut acquérir dans la suite par l’habitude et l’exercice. Ceux qui apprennent acquièrent des capacités qui peuvent être utilisées de manière avantageuse ou nuisible. La manière dont l’éducation de l’esprit est faite peut l’amener à développer cette malice qui nuit au service du bien.
- Et cependant, si de pareils naturels étaient éduqués pour voir ce qui est juste et bon, qu’on leur apprenait à se défier de ce qui excite et entretient la gourmandise et qui, comme le plomb entraîne inexorablement les choses vers le bas, rend l’esprit aveugle à ses propres injustices ; si, libérés de ces appétits, ils étaient tournés vers la lumière, ces mêmes naturels la verraient avec la plus grande netteté, comme ils voient les objets vers lesquels ils sont maintenant tournés ?
- C’est vraisemblable, approuva Glaucon.
- Mais quoi ! n’est-il pas évident que ni les gens sans éducation et sans connaissance, ni ceux qui passent leur vie dans l’étude de la sagesse, ne sont propres à diriger la cité, les uns parce qu’ils n’ont aucun but fixe auquel ils puissent rapporter tout ce qu’ils font dans la vie privée ou dans la vie publique, les autres parce qu’ils ne consentiront point à s’en charger, préférant leur condition et se laissant transporter par habitude dans les moments de béatitude qui les détourne de la réalité et de cette manière les rend suffisant.
- A nous donc, dit Socrate, de savoir orienter les meilleurs naturels à se tourner vers cette science du bien et à les motiver à faire cette ascension, mais après gardons-nous de leur permettre de rester là-haut, de refuser de redescendre parmi les prisonniers et de partager avec eux les différents travaux et les honneurs habituels.
- Hé quoi ! s’offusqua Glaucon, commettrons-nous à leur égard l’injustice de les forcer à aliéner leur âme, alors qu’il pourrait jouir d’une condition plus heureuse ?
- Tu oublies que cette éducation n’a pas pour objet d’assurer un bonheur exceptionnel à certaines personnes, mais qu’elle a celui de la cité toute entière. A ceux qui seront formés, nous pourrons dire : Il faut que vous descendiez, chacun à votre tour, dans la commune demeure, et que vous vous accoutumiez aux ténèbres qui y règnent ; lorsque vous serez familiarisés avec elles, vous y verrez mille fois mieux que les habitants de ce séjour, et vous connaîtrez la nature de chaque image, et de quel objet elle est l’image, parce que vous aurez contemplé en vérité le beau, le juste et le bien. Ainsi le gouvernement de cette cité qui est la nôtre sera une réalité et non pas un vain songe, comme celui des cités actuelles, où les chefs se battent pour les ombres et se disputent l’autorité, qu’ils regardent comme un grand bien. Voici là-dessus quelle est la vérité : la cité où ceux qui doivent commander sont les moins empressés à rechercher le pouvoir, est la mieux gouvernée et la moins sujette à la sédition, et celle où les chefs sont dans des dispositions contraires se trouvent elle-même dans une situation contraire.
- Avec une éducation pareille, chacun ne viendra au pouvoir que par nécessité, contrairement à ce que font aujourd’hui les chefs dans tous les Etats

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